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Journal d'un retour. (Extrait 3)

Nganji,  le 07.12.2016


La musique de Fela Kuti me réveille. 

"Johnny Just Drop" et je saute du lit.

Affronter Kinshasa de jour ? 

I am ready !

Mais avant cela, je retrouve mon père.

La poignée de mains est franche, le regard droit, la joie de se revoir, timide.

Je déjeune rapidement pour ne pas m'habituer au luxe.

Dehors, le soleil brille, la misère aussi. 

Autant laisser mes réflexes d'enfant gâté sur le plateau de charcuterie.

Je n'ai pas encore de numéro de GSM congolais. 

Le service roaming de mon opérateur téléphonique belge sera lourdement facturé.
À moi de trouver un moyen légal de gagner de l'argent pendant mes vacances.

Kinshasa by day s'ouvre enfin à moi.
Pour cette première traversée, je n'ai pas pu m'empêcher d'accepter l'aide de Guy, le chauffeur de ma mère.

La circulation chaotique dans le quartier de Kintambo Magasin n'a pas beaucoup changé.
Pourtant, durant mes deux années d'absence, moi, j'ai appris à devenir un autre photographe. 

La gâchette moins facile, j'évolue maintenant en tireur d'élite.
Un sniper d'images dans ce pays qui connaît le conflit le plus meurtrier depuis la seconde guerre mondiale. 

Un Nikon D750 et son objectif 50mm reposent sur mes genoux pendant que je me familiarise à nouveau aux couleurs de la capitale.

Les tableaux s'enchaînent à un rythme effréné.
Du plus amusant surréalisme aux plus répugnantes réalités.
L'ensemble coexiste, littéralement, dans chaque dix mètres carré que j'aperçois. 

Au coin d'une rue, un garçon vend un chiot brun à poil long qu'il tient à bout de bras.
Pauvre animal, diraient mes amis européens.
Mes pensées : pauvre garçon qui se débrouille ainsi pour gagner son pain.
Au dessus de sa tête, un gigantesque panneau publicitaire vante les mérites d'une douteuse crème éclaircissante.
Entre l'appât du gain et les responsabilités du ministère de la santé publique, la priorité est maintenant connue. 

A deux pas d'une alimentation générale,  des odeurs d'égouts rivalisent avec celles des canaux et fausses sceptiques mal entretenus.

Je remonte ma vitre alors que l'on fend cette foule où piétons et véhicules partagent allègrement la chaussée. Les accidents guettent mais, malgré les klaxons, personne ne semble s'en inquiéter.

Nous voilà  en direction du centre-ville. 

La route est légèrement plus dégagée.

Je retrouve Jean-Michel, mon meilleur ami et chef cuisinier.
Il est revenu définitivement de Londres et vient d'ouvrir son restaurant, discrètement situé en face de l'école belge de Kinshasa. 

 

Commentaires

Oligo, 09.12.16, 8:25:25
On a déjà parlé de poèmes photographiques pour ceux recueillis sous le titre U.S.A. (Paul Morand - 1927)
Ici, on pourrait parler aussi de reportage poétique.
Autant le premier extrait m'a étonné par sa rupture totale avec ta production 'visible' et avec les habitudes du site, autant j'y ai pris goût et j'ai eu plaisir à lire ce troisième extrait . A suivre bien sûr...

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